Critique de Star Wars 7 : Le Réveil de la force

Avec une sortie médiatisée à l'extrême, une campagne marketing douloureuse et poussive ainsi qu'une horde de fans transis qui n'étaient pas prêts à accepter un compromis, Star Wars 7 : Le Réveil de la force ne pouvait que se planter lamentablement et finir lapidé, découpé, brulé, broyé et décimé aux quatre vents. Ce scénario s'est presque réalisé lors de sa sortie. Heureusement pour nous, Disney s'en bat les couilles d'une puissance à faire trembler les planètes. Car chez eux, Star Wars compte bien devenir encore plus culte qu'il ne l'est déjà et rien ne sera jamais trop cher pour y arriver.

Attention, je spoil sur quasiment toute la critique, si vous n'avez pas vu le film, ne lisez pas ceci ou contentez-vous du dernier paragraphe qui résume l'opinion globale.

Disney, ces bouffeurs de fromage

Les auteurs de l'univers très étendu de Star Wars ne sont pas du tout contents que Disney, le machiavélique suceur de joie, ait décidé d'abandonner leurs œuvres optionnelles et personnelles au profit d'une nouvelle mythologie avec leur propre conception de la force. C'est qu'après des années à travailler sur le sujet il est difficile de ne pas ressentir un manque de respect et une profonde blessure. Pensez-vous donc que Disney souhaite vous nuire ? Évidemment, c'est Disney, tout le monde sait que Picsou est l'artisan de la traite humaine et Mickey un bouffeur de fromage avec des oreilles bien trop grandes pour sa tête.

Il est donc inconcevable que ce film ait été fait pour d'autres raisons que celle de l'argent facile, de l'argent par ailleurs, il en a rapporté beaucoup. Tellement qu'il est parfaitement inutile de nourrir les hordes de Fans plus longtemps pour s'assurer une base fiable. Finis la pension alimentaire, tout le monde à la diète et vous allez en bouffer du sable.

Mais que raconte ce film au fait ? Un petit tour par des sites disposant de rédacteurs qualifiés vous renseignera sur son extrême ressemblance avec l'épisode 4 (Star Wars : Un nouvel espoir). Non, cela n'a vraiment, rien à voir. Pour y trouver une once de similitude il faudrait faire abstraction de toute la richesse de son scénario pour n'en garder que les éléments de premier plan sans jamais chercher à comprendre un film qui tente vainement de ne pas nous prendre pour des idiots, mais nous y reviendrons plus tard, attardons-nous d'abord sur sa plastique.

Le film utilise l'esthétique des premiers Star Wars (4, 5 et 6). Ce traitement fait finalement suite au travail de Lucas sur La Revanche des Sith (épisode 3) qui adoptait alors sur sa fin une ambiance similaire dans un souci de s'accorder à la précédente trilogie qui lui succède. Le film affiche un design rugueux, sale et résolument vieux tout en y apportant assez d'éléments nouveaux pour ne pas faire tache plus de 30 ans après. Ça fonctionne parfaitement et vous trouverez dans ce film un nombre impressionnant de séquences que vous avez toujours eu envie de voir dans un Star Wars. Le Faucon dans une décharge ? C'est fait. Le Faucon qui virevolte au-dessus du sable dans une course poursuite endiablée ? C'est fait. Des X-wing en rang serré qui attaque un peloton de Stormtrooper ? C'est fait. Un sabre laser avec une garde laser ? C'est fait. Tout, ou presque, est visuellement accompli et le film respecte méticuleusement la mythologie avec ce qu'il faut de gros bouton kitch et de plaque d'acier boulonné à l'arraché. À aucun moment, le film ne vient contredire le travail de Lucas. Il ajoute timidement, mais intelligemment de petits ajouts qui trouvent leurs utilités, comme cette garde laser qui servira finalement à Kylo Ren en toute fin de film, afin qu'il puisse blesser Finn lors d'un combat.


Le paradoxe de la Force

Mais ce n'est pas vraiment sur son esthétique que le film s'est fait descendre, mais bien sur son histoire que je me dois de vous expliquer pour bien me faire comprendre. Le film tente une continuité de l'épisode 4 en étouffant une possible victoire des rebelles, qui devient toute au mieux une bataille gagnée, mais surement pas la guerre. Ainsi, Luke a décidé de former une nouvelle génération de Jedi pendant que la rébellion continuait à défoncer les restes de l'empire renommé alors en Premier Ordre. Malheureusement pour notre brave Luke, l'un de ses apprentis décide un jour de tout saccager et de tuer tout le monde parce que le mal, c'est vachement cool. L'on apprend en milieu de film que l'apprentie en question n'est autre que Ben Solo, le fils de Han et Leia. Placé très tôt sous la responsabilité de Luke, car il avait une fascination malsaine pour son pépé mortellement décédé, le bien nommé Darth Vader. Vu son affinité avec la force, il valait mieux le recadrer vite fait bien fait. Manque de bol, Luke échoua et se sentant coupable vis-à-vis de sa sœur, de son ami et de ses apprentis, décida de s'exiler très loin et d'en profiter au passage pour trouver le premier temple Jedi.

Le début du film nous propose donc l'introduction de deux personnages totalement désintéressés de la lutte que mènent les grands de cet univers et qui ont chacun à leur façon évoluée comme sortie d'un œuf. Finn, dans un premier temps, sera le premier vrais Jedi à être affiché. Il apparait au tout début comme Stormtrooper et sera frappé par la force qui s'éveillera chez lui lors de la bataille de Jaku. À ce moment, un plan spécialement dédié vous montre Finn ressentant de plein fouet les êtres vivants tout autour de lui. Tout comme Obi-Wan Kenobi, lors de la destruction de la planète Alderande. C'est une caractéristique de la force assez évidente, mais le film choisira néanmoins de laisser planer le doute tout du long sans jamais vraiment l'avouer.

Rey, par la suite, sera l'élément pété de l'histoire, il faut pourtant reconnaitre qu'elle est loin d'être un cas isolé. Certains personnages issus des jeux ou des livres disposent eux aussi de pouvoirs et de capacités souvent abusées et parfois peu, voire pas introduites. Si ses débuts comme pilleuse d'épave sont assez timides, la suite arrive très vite avec prise de conscience de la force, acceptation et maîtrise rapide sur le tas pour ne pas mourir. Ça se comprend, personne n'aime mourir, sauf peut-être Beetlejuice. Le film s'articule alors sur deux axes plutôt bien pensés. Dans un premier temps, nous retrouvons nos deux nouveaux Jedi chez qui la force s'éveille et qui doivent apprendre d'eux-mêmes sur le tas et de l'autre, Ben Solo, alias Kylo Ren et son papa Han Solo. Simple et particulièrement fluide, le script sait se dérouler et s'entremêler sans jamais perdre de vue son principal sujet, la Force.

Où sont donc les ressemblances avec l'épisode 4 ? Starkiller ? Secondaire, le procédé est déjà réutilisé dans la saga et dans des milliards d'autres films. La mort de Han Solo ? Luke ne tue à aucun moment son père, c'est d'ailleurs ce qui fait de lui un Jedi, c'est les blessures infligées par Dark Sidious qui finissent par tuer un Darth Vader revenu du côté obscur. La relation père-fils ? Oui et non, si le principe reste identique, le fond, lui, est diamétralement opposé. On ne suit plus un fils qui tente d'expliquer sa vision saine du monde à son père, mais un fils qui essaie de résister à la vision, forcement identique (la Force), de son père, toute proportion Jedi gardée. La différence est assez couillue pour être noté. Les rôles et les enjeux sont ici totalement inversés et les scénaristes se sont même amusés à inclure une composante nouvelle et tout à fait intrigante.

Au tout début du film, on explique que le premier ordre est l'émanation du côté obscur, mais que Kylo Ren n'en fait pas partie. On rabâche cette rengaine très souvent tout au long du film avec des allusions telles qu'« il a encore la lumière en lui » ou bien « je la sens encore, l'attrait de la lumière », il semble alors que les scénaristes ont décidé d'inclure un paradoxe parfaitement nouveau au concept du côté obscur en incluant quelque chose de plus qui reste encore à expliquer et qui ne peut absolument pas être aléatoire vu le nombre de fois qu'il est appuyé pendant le film. J'ai trouvé ça particulièrement intéressant, de premier plan et parfaitement inédit. Par ailleurs, il est intéressant de noter que la force s'éveille maintenant chez des personnes et qu'elle se trouve mystifiée bien plus que dans la prélogie qui la reléguait à une simple histoire de Midichlorian. Virus de merde. Il s'agit quand même d'une composante majeure et parfaitement élégante de la trilogie originale qui s'était effacée dans les suites pour finalement retrouver un souffle nouveau et bienvenu dans cet épisode. Et ça, ça fait du bien !

Alors que dire de plus sur le sujet ? La rébellion attaque la base et la détruit ? Il faut bien qu'un des deux camps détruise quelque chose chez l'autre à un moment. La rébellion affronte la base Starkiller avec son général nazi, ok, mais cela reste tout à fait au second plan avec un scénario qui semble écrit pour plusieurs épisodes qui feront de Kylo Ren et des deux poussins les principaux acteurs de cette nouvelle trilogie. Pourquoi passer autant de temps à chercher des ressemblances sur une action secondaire qui sert de décors à une intrigue autrement plus intéressante ? La Force trouve ici un rôle de premier plan qui occupe la plus grande place du spectacle et il convient d'en tenir compte. Je terminerai ce plaidoyer par une séquence particulière, ou Han Solo, tente vainement de ramener son fils sans être vraiment convaincue de sa réussite, sans ambiguïté. Un Han Solo tout à fait convaincant dans son rôle de père peu assuré qui semble, par manque de conviction, lui avoir couté la vie.

Le scénario est donc intelligemment construit et ne prend à aucun moment le spectateur pour un idiot en lui donnant des réponses faciles et déjà usées par ses prédécesseurs. Il tente d'introduire une forme de mysticisme classieux de la force avec des personnages plus profonds qu'il n'y paraît. Pourtant tout n'est pas sans défauts, ainsi, si le tout s'avère concluant en termes de plastique et de scénario, l'introduction de C-3PO dans le film est tout bonnement impardonnable. Au-delà de son doublage, très faux et qui, malheureusement, saccage la personnalité du sympathique robot, il ne se contente que de fan-service grossier et sans saveur. Ce personnage est un peu à l'image de l'introduction des autres vétérans qui sont tous laissés en roue libre et/ou le film semble vous demander avec insistance : T'ES ÉMU ? C'est bon là ? T'ES ÉMU ?  Lourdes, et parfois dérangeantes, ces scènes ne sont heureusement pas très nombreuses et très courtes, elles contribuent néanmoins, par leur extrême niaiserie, à plomber la narration qui se serait bien passée de tout ça pour nous présenter des personnages que TOUT LE MONDE CONNAÎT.

Ce film est généreux et bienveillant, parce qu'il contribue à forger votre univers avec des connaissances nouvelles d'une mythologie que vous pensiez acquise, parce qu'il est intelligent et bourré à ras bord de scènes épiques, parce qu'il est filmé avec une grande classe, parce que les nouveaux acteurs sont bons et qu'il se savoure avec tout autant de bonheur lors du deuxième visionnage, parce que Disney, finalement, c'est des mecs sympas. Si vous devez trouver des défauts à ce film, ne les cherchez pas du côté d'un scénario bien plus évolué que vous ne le pensez, alors que votre regard se porte sur sa toile de fond, cherchez-les plutôt du côté de C-3PO et de l'horrible introduction des personnages légendaires de la série qui s'écrase ici lamentablement. Star Wars 7, c'est… PEW PEW WUUUTZ!


Ambiance

​7/10

Scénario

​7/10

Jeux d'acteurs

​6/10

Réalisation

8/10

Photographie

​8/10

Effets spéciaux

​7/10

Cinéma

    • au cinéma
  • un cinéphile
  • HC complexe
  • Non
  • a
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