Critique : Le dernier chasseur de sorcières

Voici l'exemple d'un film vomi par la critique professionnelle, qui a su au fil du temps se constituer une petite niche de fans qui avaient vu en lui autre chose qu'un énième « Blockbuster popcorn ». Si une première lecture peut laisser entrevoir un film fantastiquement moyen et générique, il ressort tout de même quelque chose de particulièrement fascinant que seuls quelques initiés pourront apprécier.


Avec mon épée de feu +10, je te coupe les vivres

Vin Diesel est un grand amateur de jeux de rôle, notamment de Donjons & Dragons sur lequel il aurait puisé son inspiration du personnage qu'il incarne pour ce film. Un chasseur qui œuvre pour une paix fragile entre humains et sorcières depuis des centaines d'années, affublé d'une malédiction par une reine raciste qui ne peut pas encadrer l'espèce humaine.

Lors d'un combat acharné à une époque sombre et lointaine, notre cascadeur finit par occire la demoiselle, mais écope d'une peine de vie à durée illimitée. De quoi prendre son temps pour traquer le mal où il se trouve. De nos jours, un consortium de prêtres et de sorcières lui prête main-forte pour trouver les renégats détenteurs de magies proscrites.

L'intrigue, commencée avec la malédiction du chasseur, sera relancée aujourd'hui avec la mort probable de son assistant dans des conditions douteuses. Il s'en suivra une enquête dans les coins obscurs afin de trouver le coupable et de l'envoyer dans une prison spéciale où pourrissent les déviants. Difficile de ne pas faire la comparaison avec Constantine tant le scénario et la mise en scène empreinte à ce dernier.

L'univers du film est parsemé de mysticisme et de règles qui ne sont jamais vraiment expliqués aux spectateurs dans le seul but de créer une peur de l'inconnue. Malheureusement, si le procédé n'a pas fonctionné avec Constantine il ne fonctionnera pas mieux ici. Le fait de voir des gens faire des trucs, agiter les bras, faire de la lumière avec leur cul sans jamais comprendre la raison du pourquoi nous incite à regarder tout ça de manière détachée alors que le film est manifestement tourné de façon à être très proche des événements.

Néanmoins, les explications ne sont pas toutes inexistantes et l'univers constitue sans aucun doute le point fort du film. Si le scénario est convenu, le background, lui, est très riche et c'est un véritable tour de force d'avoir réussi à caser autant d'éléments dans un seul film. L'univers qui nous est présenté a de la gueule et se rapproche beaucoup des jeux vidéo avec cette fantaisie inhérente aux jeux de rôle.

Le rapprochement est d'ailleurs constant avec des artefacts qui débloquent des situations, des armes magiques +10, des sorciers Lvl14 (c'est dans le film) et bien d'autres choses encore qui semblent caresser les adeptes des casques à cornes. Très loin du Fan-service habituel ou des exploitations à la truelle des licences du jeu vidéo au cinéma, Le dernier chasseur de Sorcières affiche des règles de jeu maîtrisées et intéressantes dans un univers fort sympathique qu'il est plaisant de découvrir tout au long du film.


J'aimerais bien jouer au film

Le long métrage est par ailleurs une réussite sur le plan visuel, loin d'être surchargé en effets spéciaux il se paie le luxe d'avoir une direction artistique inspirée et cohérente. L'image est toujours lisible et les teintes sont parfaitement maitrisées sur chaque plan avec des couleurs qui n'envahissent jamais l'intégralité de l'image rendant chaque séquence particulièrement classe.

À aucun moment le film ne vient vous piquer les yeux et il sait pondérer ses effets pour ne pas gaver à outrance ses spectateurs. Particulièrement fluide, la mise en scène souffre tout de même du format « Cinéma » avec cette impression constante de ne faire que survoler les évènements. Comme s'il fallait avancer le plus vite possible pour pouvoir boucler le film dans une fourchette de temps acceptable.

C'est d'autant plus dommage que ce problème hache la progression et ruine plusieurs séquences qui n'arrivent pas à déclencher leur potentiel, car elle manque de temps ou d'approfondissement. Certaines scènes nous paraissent ainsi niaises ou formatées alors qu'il parait évident que quelques minutes supplémentaires et une ligne de dialogues en plus auraient donné le résultat escompté par les scénaristes.

Cette découpe grossière du film pour le faire entrer dans un moule donne malheureusement un ensemble aseptisé et un arrière-goût d'inachevé très désagréable quand on a apprécié l'ambiance du film. Ce problème est en tout point similaire à celui de Constantine. Des univers bien trop touffus pour être présentés au cinéma sans parier sur une trilogie au minimum. Seulement, voilà, on ne commande pas deux films supplémentaires avant de prendre la température du public, ce qui donne un film frileux qui n'ose pas trop s'avancer et qui reste bien trop sage pour le genre.

Les acteurs, sans être incontournables, sont tous acceptables avec une interprétation qui évite les clichées faciles et les mimiques habituelles que l'on peut voir dans les Teen Movies actuelles. Avec un style sobre, ils s'adaptent parfaitement au film et si l'on peut regretter le manque de folie, on ne peut pas leur reprocher le manque d'implication. Sauf peut-être pour Frodon, qui n'arrive manifestement pas à sortir de sa contrée qui l'a rendu si célèbre, ce jeune homme donne une interprétation toujours aussi plate de ses personnages et n'arrive pas à provoquer de l'empathie.


Ambiance60%
Scénario30%
Jeu d'acteurs40%
Réalisation60%
Photographie70%
Effets Spéciaux70%

Cinéma

    • sur mon téléviseur
  • personne
  • enceintes 5.1
  • Non
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