Critique de Resident Evil 0 HD Remaster

Vous avez peur ? Moi, oui. Quand je lance une édition HD remastered j'ai toujours cette boule au ventre, mon « ça » sait, et il me dit qu'il va y avoir un sanglant carnage. De mémoire, je n'ai pas souvenir qu'une édition HD d'un vieux titre ait atteint son but, j'entends par là rendre moins vieux ce qui l'est trop. Dans le monde où je suis né, les petits poneys de couleurs arc-en-ciel m'avaient fait promettre de ne jamais toucher un remaster HD en provenance de Capcom ou Square-Enix. Mais comme j'ai été bannie du royaume des nuages roses et placé au centre de la cuvette des toilettes de l'industrie vidéolubrique, je n'ai d'autre choix que d'accepter le caca que l'on me déverse dessus, avec le sourire. Le couvercle s'ouvre, une paire de fesses s'assoie, je lève les yeux au fond du trou et espère que cette fois-ci la chute sentira bon.


Bleu d'Auvergne ?

Alors, qu'est-ce que Resident Evil ? Si vous ne le savez pas je ne vais surement pas vous faire une explication redondante mainte fois C/C sur internet depuis le fond des âges. Pour faire concis Resident Evil ou Biohazard dans son pays d'origine, le Japon, et un jeu d'aventure et d'horreur saupoudré d'énigmes. L'histoire se passe un peu partout sur la planète selon l'épisode et concerne en général un virus créé par une société peu scrupuleuse qui a malencontreusement été libéré pour X ou Y raison transformant la population locale en monstre. Notre but est donc de nous en sortir vivants en démêlant le fil scénaristique à mesure que l'on avance dans le jeu. Si au départ la série était limitée par les capacités techniques des consoles de jeu, elle a très vite pris un virage serré sur PS2 en libérant les possibilités de mouvement du personnage que l'on contrôle et de ce fait tuée à peu près tout ce qu'il faisait le charme des premiers épisodes, sa jouabilité affreuse.

Pourtant, Resident Evil 4 reste sans nul doute l'un des meilleurs opus, Capcom n'avait pas encore compris comment tuer l'ambiance en assassinant l'horreur. Du point de vue des prédateurs, Resident Evil est mort et il ne reste que les rires moqueurs des enfants en bas âge devant leurs télés le soir de Noël avec papa, maman, mémé et Resident Evil Beach-Volley. Resident Evil 0 n'est sans doute pas l'épisode le plus marquant de la série, mais on ne va pas faire la fine bouche quand il s'agit de Capcom, c'est le même goût pour tout le monde.

Dire qu'un prologue est vite expédié, c'est peu dire. Grosso modo ce 0 reprend les codes scénaristiques binaires du 1 tout en résumant son contexte avec le néant. Vous êtes armé, il y a des zombies et vous dirigez une équipe de deux branleurs incapables de défoncer une porte en bois pour se frayer un passage, la routine. On est très vite remis dans les rails de la série et l'on se sent vite comme chez soi. Il faut reconnaitre que ces décors en pré calculé ont du charme, vraiment beaucoup de charme. C'est fin, détaillé et bien glauque bref, je suis décidément fan de ce type de rendu et je ne serais donc pas objectif. La question de savoir si la Game Cube était au niveau ne se pose plus, car même en HD avec un léger lifting de la lumière et des ombres les environnements sont parfaitement convaincants. Un gros travail a été fait sur les détails comme le mouvement des objets du décor ou des scripts qui surprenne jusque dans l'ambiance sonore du titre quasiment épuré de toute musique ; exceptée pour les phases de tensions extrêmes. Comme bien souvent, la peur du script qui piège le joueur sera le moteur du stress qui vous accompagnera toute la partie et ça fonctionne encore assez bien ma foi.

La grande majorité du temps, le jeu vous demandera d'effectuer des aller et retour dans un labyrinthe conçu avec une seule logique entrecoupé d'énigmes parfois ridicules et parfois carrément psychotiques. Il s'agit de vieilles mécaniques toujours héritées des premiers volets de la série : porte, monstre et trésor sur lesquels se greffent ces fameuses énigmes. La gestion des rubans pour sauvegarder, les munitions très limitées, l'inventaire exigu, le couteau parfaitement inutile et la fragilité des personnages en mode difficile devrait fournir assez de chalenge à ceux qui s'ennuient sur les jeux actuels.

Deux modes de déplacement sont disponibles dans les options permettant de retrouver l'ignoble maniabilité originale ou de sélectionner le mode libre qui, bien que plus agréable, ne s'adapte pas vraiment au plan fixe de la caméra. Rien de bien neuf de ce côté. Le jeu accuse très nettement de son âge même si l'aspect exploration est toujours agréable. Toute la subtilité de Resident Evil 0 consiste à utiliser le binôme de héros à notre disposition pour résoudre les énigmes, la formule marche plutôt bien et le fait que votre partenaire peut être attaqué à tout moment augmente considérablement l'angoisse et la difficulté, car s'il meurt, vous mourez aussi. Nique-la lo...


Non, du tofu et du beef

Ici, tout est comme nous l'avons laissé lors de notre dernier run. Les menus sont toujours aussi laids et mal foutus avec des sous-menus à n'en plus finir et la moitié des touches ne servent à rien. Aucun effort n'a été fait pour intégrer les manettes actuelles et la jouabilité au clavier + sourie est à proscrire avant même d'y penser. Il est dommage de constater une fois de plus qu'un remaster pour Capcom se résume à un lifting graphique uniquement sans intégrer une optimisation des contrôles et une mise à jour du mappage des touches pour s'adapter aux nouveaux contrôleurs. Même si tous le font, ça n'en reste pas moins désagréable et d'une extrême fainéantise. On saluera quand même l'option permettant de déverrouiller les déplacements comme cité plus haut, néanmoins cela reste très insuffisant.

Et … putain, ça en jette. Les environnements du jeu ont de la gueule. Les décors sont assez détaillés pour faire illusion, du moins dans le train, car comme dans le jeu original ce niveau amuse-gueule fait clairement office de démo technique pour l'époque et le reste est bien plus commun. Du côté de la modélisation des personnages, c'est un rajout massif de polygones avec un sérieux lifting sur la lumière et la réflexion, du bon boulot. Bien entendu, tout n'est pas parfait et à quelques endroits ces gros feignants ont essayé de cacher la misère avec un filtre dégueulasse ce qui a pour conséquence de faire ressortir les défauts de textures ou de clipping. On n'a pas eu le temps de la faire cette scène, on avait bien compris. Il faut quand même avouer que la lumière envoie du pâté sans jamais dénaturer la scène. Aucun souci à déplorer concernant la stabilité et les bugs, aucun crash, aucun retour au bureau et pas de sauvegarde corrompue. La technique fonctionne au poil en donnant juste ce qu'on lui demande, quoi de mieux ?


Il est pas mort putain…

Les premiers Resident Evil sont bien connus pour leur aspect labyrinthique travaillé et celui-là ne déroge pas à la règle. Les énigmes sont bien mises en scène et le découpage des sections est parfaitement logique tout en offrant suffisamment d'interaction et de réflexion pour donner plusieurs heures de jeu sur de petits segments. C'est du très bon travail comme d'habitude (pour l'époque). On ne peut pas comparer ce critère, car il est lié au jeu original, mais même sur Game Cube, Résident Evil 0 est clairement au-dessus du panier.

On effectue suffisamment d'aller et retour dans les zones pour installer un excès de confiance, souvent fatal, mais pas assez pour lasser. Tout est finement dosé, des chemins dérobés sont disponibles pour se simplifier la tâche si tentée qu'on les trouve au bon moment… Si on les trouve. Bref, tout est très bien pensé et la couche de peinture qui enrobe tout cela est de très bonne qualité. Les décors en pré calculé fourmillent de petits détails qui rendent chaque carte unique avec sa propre ambiance et sa propre fonction. Une grande partie de l'intérêt des Resident Evil se trouve dans ce critère et il s'agit clairement de celui qu'il maitrise le mieux suivi de près par la série Silent Hill. Pour une vingtaine d'euros, vous pouvez vous offrir un remaster plus que correct de Resident Evil 0, on n'en demande pas plus. Très honnête, l'offre vous permettra de vous replonger dans un titre de la vieille époque ; celle où l'on flippait des scripts fourbes et où l'on s'émerveillait des décors fixes. C'est toujours d'actualité et le lifting permet de vraiment apprécier le coup de crayon et la logique pervers des concepteurs du jeu. Merci les mecs.


Ambiance

8/10

Mécaniques

​6/10

Interface

​3/10

Technique

8/10

Art-Design

​8/10

Politique

​6/10

Jeu vidéo

    • Windows
    • Manette
  • Difficile
  • b
  • ...

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