Critique de Dark Souls II

Le premier épisode avait réussi à fédérer une solide base de fans qui avait épluché le jeu sous tous ses angles et qui réclamait une suite à plein poumon. Miyazaki qui était alors occupé à honorer une commande pour Sony répondant au nom de Bloodborne, il s'agissait pour l'équipe en charge du projet de répondre aux attentes du public en exploitant un maximum l'effet hardcore, la hype du moment. Si l'ambiance est toujours au rendez-vous, le jeu s'enlisera néanmoins au gré des mises à jour dans un équilibre peu concluant entre jeu solo et multijoueur. La recette reste pourtant la même et le voyage très plaisant de bout en bout, mais la composante Coop et PVP du titre force les développeurs à équilibrer les zones de jeu de manière particulièrement inégale.

Note : J'ai terminé le jeu sur les deux versions de Dark Souls II, l'original sur console et Scholar of the first Sin sur PC, les screenshots sont issus de cette dernière.

Sam Souls Patreus

Dark Souls fait beaucoup de bien dans l'industrie du jeu vidéo en prenant à contrecourant la mode de l'open-world. Quand la plupart des titres adoptent désormais cette approche même quand le genre ne s'y prête pas, Dark Souls II assume son côté linaire et travaille un maximum son ambiance et son design pour proposer des environnements soignés et bien pensés qui sont ici encore de véritables bijoux de masochismes à traverser. De tableau en tableau, les balades sont l'occasion de découvrir des mini-histoires dans l'histoire toujours feutrée, mais pas transparente pour qui sait chercher.

Si le changement des niveaux est quelquefois trop abrupt, le charme de chaque panorama force notre imaginaire à recoller les morceaux d'une utopie qui semble avoir mal tourné. La tristesse, la mélancolie et l'horreur sont représentées dans chaque niveau du jeu et il paraît difficile de ne pas être happé par l'univers et ses nombreux secrets. Les descriptions d'objets sont par ailleurs bien plus fournies et nombreuses, tout comme les PNJ et leurs dialogues qui se voient étoffer par des lignes directement liées au scénario ou au background du jeu ce qui aide grandement à se repérer dans l'univers et permet de découvrir l'historique des lieux de manière plus fluide.

Avec des suppositions qui vont bon train en ce qui concerne le lien entre le premier et ce deuxième volume certains PNJ se montre toutefois très explicite sur le sujet et le doute ne sera pas vraiment permis. Oui, les deux jeux sont intimement liés. Même si le scénario n'est pas directement imbriqué, on voit mal comment le charme pourrait opérer en délaissant le fil rouge que commence le premier épisode. C'est indéniable, faire Dark Souls avant Dark Souls II est obligatoire pour qui souhaite profiter de l'œuvre sans son ensemble.


La vie d'un guerrier mort légendaire du chaos profond des enfers chauds cocos…

From Software a décidé pour ce deuxième épisode de récupérer quelques fonctionnalités de Demon's Souls et d'en modifier d'autres pour un rendu moins punitif des statuts et une main trop généreuse sur les objets permettant la régénération de nos précieux HP. Le spectre du multijoueur survol ainsi l'équilibre général avec de très nombreux objets et sorts permettant de ne jamais se retrouver à court de sortilèges ou de vigueur dans les affrontements. Si cette deuxième lecture est une version en tout point améliorée de l'original, le système hybride que tente From Software pénalise la difficulté du jeu à tous les niveaux. Malheureusement, on ne soigne pas une plaie infectée avec un bout de sparadrap et si le premier épisode offrait un stress constant à chaque couloir arpenté, Dark Souls II relève plus de la sortie pédestre avec un stock parfois inutile d'objets utiles. Heureusement, les affrontements seront l'occasion pour le jeu de vous prouver qu'il ne faut pas le prendre à la légère.

Je le mentionnais déjà dans ma première critique, l'intelligence virtuelle des ennemies de Dark Souls était pour moi une vraie réussite tant par leur agressivité que par leur fourberie. Ce deuxième épisode vient améliorer le système avec des coups inédits, plus de compétences spéciales pour les monstres et surtout plus d'animations pour les personnages. Les combats s'en trouvent grandement amélioré par l'ajout de ces Frams qui enrichissent beaucoup l'aspect réactif de ces derniers. Il est plus difficile de prévoir les attaques et de nombreux ennemis peuvent surprendre le joueur avec des contres à un moment critique ou avec une série d'attaques que l'on pensait plus courte. La difficulté s'en trouve ici rehaussé avec un chalenge conséquent pour qui souhaite en voir le bout sans Farmer.

Vous ne serez pas déçus par les moyens disponibles pour venir à bout de ces sales bêtes avec un nombre d'armes et d'équipements qui frise l'indécence. Ces premières bénéficient de leurs propres animations pléthoriques et se paient même le luxe d'avoir des variantes. Il semble pourtant que l'un des défauts du premier épisode ne soit toujours pas corrigé, ainsi comme dans Dark Souls vous pouvez facilement finir le jeu avec l'arme de votre choix sans vraiment tenir compte des types de frappes, moyennant un peu de jugeote sur les effets élémentaires. Il semble par ailleurs que les développeurs aient oublié d'équilibrer l'Ultra Espadon qui peut à lui seul poutrer 90% du bestiaire sans problèmes.

Au registre des mauvaises trouvailles, l'aspect Plateformer du titre est bien plus prononcé qu'auparavant pour un rendu hasardeux. Avec une physique inadaptée et des contrôles taillés pour du combat en plein pied, il est difficile d'être satisfait quand le jeu nous demande quelques acrobaties pour ne pas mourir dans la lave ou dans une mare de poison. Notre personnage n'ayant ni la grâce ni l'agilité d'un Ezio, on serait tenté de dire merde au trésor planqué sur la falaise et on pestera assurément quand viendra l'heure des pirouettes. Ces phases étant récurrentes, elles participeront beaucoup à votre quota de morts avec une technique qui refuse toujours les reprises de roulade et qui demande d'attendre la fin d'une animation de votre personnage pour enchainer sur une nouvelle action.


Plusieurs morts ou morts à plusieurs

La difficulté reste un atout majeur du titre et l'ultime version de Dark Souls II, nommé Scholar of the first sin, pose le décor dès les premières minutes de jeu. Si la version originale propose un chalenge revu légèrement à la hausse pour un rythme régulier et une montée en difficulté plutôt souple, Sotfs enchaine dès le premier niveau avec des ajouts de monstres plutôt malvenus qui feront exploser la difficulté de certains passages. Le contraste est d'autant plus saisissant que le niveau suivant s'enchaine avec une facilité déconcertante, le jeu continuant ainsi à jongler entre moments paisibles et purs Hack and Slash tout du long. D'une manière plus générale, Sotfs bénéficie d'un équilibrage taillé pour le multijoueur même si vous êtes seul. À vous donc de vous débrouiller dans un jeu qui n'arrive manifestement pas à concilier deux facettes bien distinctes du jeu vidéo. Heureusement, si Sotfs est sans conteste le Dark Souls le plus difficile à ce jour il n'est pas pour autant infaisable et il sera toujours possible de s'en sortir avec un peu d'huile de coude et une séance de farming ou deux, si tenté qu'on ait vraiment accroché au concept sans quoi on peut légitimement y voir une certaine forme d'abus.

Heureusement, le jeu possède quelques atouts pour pallier un manque affectif IRL. Les marques d'invocation en solo sont quasi-systématiques avant chaque boss et permettent de vous adjoindre les services d'un compère dirigé par l'IA, si vous avez tapé la causette avec un PNJ de la zone. Sans aide, le jeu est extrêmement punitif, au contraire l'ajout de ces invocations rend chaque combat de boss un poil décevant. Dans le même registre, les PNJ qui envahissent votre monde pour vous botter le cul sont soit casse-couilles, soit pénibles. Mais ils ne sont ni amenés, ni logiques ni stimulants à combattre. À plusieurs, le système paraît déjà beaucoup plus solide au grand damn des puristes du jeu solo. Avec quelques copains sous les bras ou parfois quelques inconnus bienveillants le jeu offrira un chalenge à la hauteur de sa réputation et l'équilibrage global reste satisfaisant. Les serments permettent de rejoindre différents groupes bien spécialisés comme le roi des rats qui est sans aucun doute le plus couillu du lot. D'autres groupes permettent quant à eux un PVP sauvage aussi viscéral que punitif pour les victimes. Un gros travail sur le multijoueur qui donne vie aux rêves du premier opus.

Toute cette hémoglobine est servie par une technique très limitée sur la version originale de Dark Souls II, sans être scandaleuse. Sotfs offre en revanche de beaux décors tout à fait acceptables si l'on est conciliant, même en 2016. La physique reste la même que pour le premier épisode et seul l'ajout des fameuses animations supplémentaires peut surprendre, la Hitbox n'est pas forcément la cause de tous les maux. Le jeu reste fluide et lisible dans sa grande majorité et les aires de jeu ont été légèrement agrandies réglant de ce fait les problèmes de caméra du premier volet.

Dans l'absolu, Dark Souls II est plus long, plus grand et bien plus fourni que son grand frère. Si les premières heures de jeu sont assez radines en contenus, le tout se débloque au fur et à mesure avec beaucoup de générosité. Il arrivera même un moment où l'on pense en voir le bout, alors qu'un bon tiers du jeu reste encore à découvrir. Les niveaux de fin sont par ailleurs aussi soignés que tous les autres et rien ne vient transpirer la fainéantise si bien que le plaisir de jeu est toujours au rendez-vous malgré les heures qui s'accumules. Quant à savoir s'il faut privilégier l'original à Sotfs, c'est sans conteste à ce dernier qu'il faudra jouer si vous avez fini le premier, mais toujours pas attaquer la suite. Malgré une difficulté légendaire à certains passages, les niveaux sont néanmoins plus cohérents dans l'ensemble et l'intégration des trois DLC est appréciable. Contenant chacun 4 bonnes heures de jeu supplémentaires pour un contenu très soigné, ils sont bien intégrés dans l'aventure principale et permettent d'ajouter du temps à une durée de vie déjà hallucinante pour le genre.

Au final, si le titre de From Software donne autant de la gite c'est sans conteste dû au travail accompli sur la composante multijoueur. Difficile de maîtriser un monde où l'on devrait être capable d'avancer seul ou à plusieurs avec une difficulté aussi bien dosée que dans le premier opus. Pas impossible, il s'agit quand même du Dark Souls le plus difficile et il est inconcevable de tenter d'entrer dans l'univers par cet épisode, si bon soit-il. Car même avec son équilibrage bancal, Dark Souls II reste un jeu fantastique, grâce à son ambiance soignée, son design aux petits oignons et ses combats techniques, mortels et terriblement addictifs.


Ambiance

​8/10

Mécaniques

​7/10

Interface

​6/10

Technique

6/10

Art-Design

​8/10

Politique

​5/10

Jeu vidéo

    • Xbox 360
    • Windows
    • Manette
  • non disponible
  • b
  • ++

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