Critique de No Man’s Sky

Si l'espace limite sans conteste l'émerveillement pour tous les hermétiques à la beauté froide des astres nus, il existe heureusement les planètes vivantes pour offrir le spectacle à ceux qui préfèrent les sciences de la vie. No Man's Sky propose ainsi un panorama continu dans la beauté globulaire, mais semble oublier le trait premier qui définit les explorateurs en herbe : leur curiosité.

Note : Exceptionnellement, les images sont issues du début de l'aventure. Ce problème concernera aussi la prochaine critique. Les images sont prises à partir d'un jeu modifié, vous pouvez retrouver la liste des Mods installés sur ma version en bas de page avec les liens associés.


Gribouilla Sky

Forcément mis en compétition avec Spore en matière de constructions vivantes, No Man's Sky propose au joueur d'admirer la beauté de son moteur de génération aléatoire dés les premières minutes de jeu. Des créatures jamais vues auparavant, des plantes incroyables , une atmosphère unique, telle sont les promesses du titre. Vendus pour l'émerveillement et l'exploration de planètes entières, nombreuses et uniques pour chacune, mes premiers pas m'ont forcément conduit à reconnaître le terrain autour de l'épave de mon vaisseau pour admirer les créatures et la beauté des environnements. Après quelques minutes à faire le tour du propriétaire le besoin d'en savoir plus se fait forcement pressant, je veux savoir comment cette limace fait pour planer en l'air, je veux connaître la composition de l'atmosphère de cette planète, je veux savoir comment cette chèvre à tête de serpent fait pour survivre à ces crabes géants hostiles. Oui, je veux tout savoir, même le passif du géranium radioactif qui tente de me becter à chaque fois que j'approche de mon vaisseau délabré.

Vient alors la partie « jeu » à proprement parler, une combinaison, un vaisseau et une arme à améliorer avec des modules que l'on fabrique à l'aide de matériaux à récupérer directement sur la planète. Les indications sont très claires et ceux-ci se récupèrent facilement afin de pouvoir réparer la fonction essentielle qui nous permettra de scanner la faune et la flore afin d'en savoir plus et d'envoyer nos découvertes aux autres joueurs. C'est là, précisément, que la première claque se fait sentir. Le système est d'une pauvreté décevante. Lorsque l'on scanne une bestiole, l'on récupère seulement une minuscule poignée d'informations triée sur trois ou quatre critères totalement déconnectés entre eux. Sont-ils agressifs ? Brouteur ou carnivore ? Tels sont les outils mis à notre disposition pour nous émerveiller, et c'est loin d'être suffisant. Oubliez vos rêves d'explorateur, les animaux tout comme les plantes n'ont aucun passif et ne sont à aucun moment construits de façon logique et encore moins scientifique. Il s'agit simplement d'un assemblage de polygones aléatoire façon Lego. Ainsi, la seule façon de s'émerveiller sera visuelle et le jeu ne proposera jamais d'approfondir l'expérience en dressant un historique procédural d'une espèce par exemple.

Que l'on soit d'accord, un jeu onirique, peut se permettre de faire fi de la logique et de la science pour étoffer son univers, car ce qu'on lui demande en premier lieu c'est de nous l'expliquer. L'explorateur est par définition une personne curieuse et promettre cette activité sur un jeu implique que notre curiosité soit satisfaite d'une manière scientifique ou fantastique. No Man's Sky ne donne aucune information scientifique, mais pas plus d'informations fantastiques pour expliquer des mondes qui se révèlent aussi froids qu'une tour HLM au milieu d'autres tours HLM. La pauvreté des règles qui régissent les mondes visités ampute forcément la cohérence de l'ensemble, ainsi il vous sera impossible de connaître le super pouvoir qui semble investir cette tortue qui nage dans ce qui semble être un lac d'acide sulfurique, mais même là, il ne s'agit que de suppositions, les informations étant totalement absentes.

Le système est décevant. Le scan n'offre qu'une minuscule poignée d'informations.

Le jeu qui « dézéduk » vos enfants

Finalement, il n'y a donc pas grand-chose à découvrir si ce n'est la forme géométrique d'une nouvelle espèce, c'est bien trop peu pour un jeu qui propose la visite libre et entière d'une galaxie complète. Spore, dans son genre, donnait quelque chose de plus fourni et c'était déjà particulièrement faible. Pour enfoncer le clou, les fonctions sociales ne sont pas plus développées et ne permettront qu'une modeste rentrée d'argent en complétant les prises photo des espèces rencontrées après les avoir renommés et envoyés sur un serveur ou les données ne sont jamais accessibles aux autres joueurs. Où est donc passée, encore une fois, l'idée ingénieuse du Wiki des espèces dans Spore ? Un concept d'une utilité pourtant évidente dans No Man's Sky, une Feature indispensable même qui semble être reléguée à un possible ajout dans une Update ultérieur.

Il reste la contemplation de la forme et des couleurs du terrain, qui très loin d'être cohérent s'avère aussi souvent très laid et le challenge revient alors à trouver la bonne planète avec un décor qui ne pique pas les yeux. Les zones sont inexistantes, ainsi toute la planète sera recouverte des mêmes couleurs et de la même géométrie d'un pôle à l'autre. L'argument de vente était-il vraiment l'exploration de formes géométriques et de couleurs aléatoire ? Tout est généré dans un bordel total et aucune règle ne semble s'appliquer aux espèces vivantes ou aux pétunias du coin. Vous recherchez des troupeaux dans un désert uniforme ? Ne sortez pas votre baguette de sourcier pour trouver de l'eau, ceux-ci seront amassés aléatoirement et massivement sur la surface du globe sans aucune cohérence avec l'environnement, pire qu'un MMORPG F2P. Idem pour les plantes qui poussent n'importe où avec une petite exception pour l'environnement marin, seul variable structuré de ce joyeux bordel. Les vallées et les montagnes ne sont absolument pas crédibles, l'érosion, la dynamique des plaques, et la météo ne sont absolument pas comprises dans l'équation.

Enfin, quand les planètes vous auront suffisamment déçu vous pourrez retrouver les charmes de l'espace et là encore, la déception sera de taille. Après des jeux comme Élite Dangerous, No Man's Sky semble extrêmement limité. L'échelle des distances n'est pas respectée, ainsi la taille des objets semble nous dire qu'ils orbitent tous au ras l'un de l'autre. La gravité sera la même sur toutes les planètes visitées et celles-ci seront forcement toutes habitables. Là aussi aucune information ne sera donnée, telle que la composition de l'atmosphère, des minéraux et des métaux, âge de l'astre, rotation et révolution? Rien, c'est le néant total. Le jeu ne semble pas gérer la physique, tailler une roche laissera une moitié flotter au-dessus du sol de manière parfaitement ridicule. Dans l'espace les choses sont identiques, chaque objet n'ayant pas de structure ou de mouvement physique calculé, tout est parfaitement statique. Même sans donner d'information purement scientifique, quelques lignes de texte offrant l'illusion d'une cohérence auraient sans doute permis un peu plus d'immersion qui est ici proche du zéro. En bref, l'exploration de No Man's Sky est une déception totale et il est parfaitement aberrant qu'elle constitue l'atout majeur du jeu.

Les forces de marée doivent être cataclysmiques normalement, si seulement ça avait un rapport avec l'espace... Oh wait!

La génération qui vaporise l'inspiration

Il reste donc à déterminer ce que sait faire ce No Man 's Sky. Du combat ? L'extrême assistanat des commandes en jeu et la pauvreté des outils mis à disposition pour venir à bout de nos très faibles et très rares ennemies rendent chaque joute complètement accessoire. Le pilotage du vaisseau est incroyablement simpliste du fait qu'il n'existe pas de vrais modèle newtonien dans la programmation du jeu, ce qui ne permet aucune fantaisie dans les contrôles. Vous avancez automatiquement et vous tournez, le vaisseau se cale ainsi directement sur sa nouvelle trajectoire en expulsant tout concept d'inertie. Les armes ne disposent d'aucune personnalité ni de statistiques visibles, tout comme le bouclier et la coque, il n'y a donc pas vraiment de calcul à faire lors des affrontements. Sur terre, le constat est le même proposant ainsi une sensation de jeu identique. Il serait cruel d'appeler tout ceci « Arcade », car No Man's Sky est très loin d'apporter la profondeur viscérale d'un vrai jeu d'arcade tout comme il n'éprouve à aucun moment le sang froid et les compétences du joueur. Sur ma partie, je ne suis mort qu'une seule fois, et c'était dû à un bug de collision.

Le manque de statistiques pénalise aussi l'amélioration de l'équipement, hormis faire grimper une obscure graduation sur un cercle et afficher un beau +2 dans l'inventaire, rien ne permet réellement d'apprécier ou de comparer notre équipement face aux menaces, ce qui annihile tout plaisir d'accomplissement et d'évolution. Enfin, les vaisseaux ne disposent d'aucune personnalité, si ce n'est une différence esthétique et un nombre de Slot d'inventaire souvent ridicule. Le choix revient alors à l'engin qui dispose du plus grand inventaire pour stocker les milliers de mètres cubes de roche et de terre rapportées de nos expéditions afin de construire de nouvelles améliorations +5 dans notre inventaire.

Les ennemies rencontrées dans l'espace se limiteront aux pirates et aux vaisseaux aléatoires que vous aurez l'audace d'attaquer, ceux-ci se rebelleront engageant un Dogfight aussi soporifique que répétitif. Les ennemies n'ont pas plus d'outils ou de latitude que vous pour surprendre et au bout de quelques minutes seulement vous aurez fait le tour des possibilités. Au sol, le constat est légèrement meilleur, si l'on peut vraiment en parler ainsi. Les animaux rencontrés sont assez variés pour casser la monotonie et se regroupent parfois en gros paquets qui peuvent être difficiles à gérer lorsque l'on manque de Jetpack ou de Sprint. Néanmoins, même s'il s'agit là de l'unique réel challenge du jeu, il reste de très loin inférieur à tout ce que j'ai pu jouer depuis mon enfance. La gestion de l'environnement, quant à lui, se résume à une statistique unique à chaque planète qui fera descendre votre protection selon le type (radiation, température, etc.) seulement l'extrême profusion de ressources et de bâtiments permet d'être quasiment tout le temps au maximum sans jamais être inquiété une seule seconde des tempêtes censées nous obliger à nous abriter.

Des tonnes d'informations inutiles, mais aucune sur l'univers du jeu ou sur nos statistiques.

0xY+:(²* !=error

Le report du jeu aura certainement induit en erreur de nombreux joueurs, il semble évident qu'au vu des déboires du studio, il s'agissait ici de rendre une Alpha fonctionnelle plus qu'un jeu complet et optimisé. Au moins à la moitié d'un TES. Les bugs sont ainsi légions, les plantages, les textures qui Pop à la dernière minute et des performances catastrophiques. J'ai installé le jeu sur trois configurations différentes, dont une PS4 et un PC sous GTX 980Ti, et c'est sur la configuration i5, 16go, GTX770 que le jeu a le mieux tourné. Les saccades et les ralentissements sont très nombreux au point de parfois rendre le jeu injouable. Les Glitch sont aussi très fréquents et sont à l'heure actuelle un véritable sujet de moquerie.

L'aspect technique tant vanté n'est pourtant pas très glorieux, les ombres sont, au mieux, baveuses, tout comme les textures, la lumière ambiante est localisée dans un rayon extrêmement proche, l'univers est complètement statique et la génération procédurale offre un rendu très uniforme. L'animation de la faune dispose d'un soin tout relatif, parfois saccadé et souvent ridicule, enfin, la répétition des modèles de bâtiments ou des végétaux dénote un gros manque de travail sur la diversité qui aurait dû bénéficier ici du plus gros de l'effort. La technique est ainsi aussi peu soignée que la profondeur de jeu et c'est bien dommage.

Le seul point positif vient du support des Mods, qui permettent ici une refonte assez profonde des mécaniques de jeu et de l'aspect visuel. Actuellement, une petite poignée de Mods réellement intéressants existe, gommant pour la plupart des défauts aberrants du jeu de base. Certains commencent leur version bêta de ce qu'aurait dû être No Man's Sky, augmentant ainsi les effets de l'environnement ou l'hostilité des ennemis. Néanmoins, la base du jeu ne semble pas assez solide ou malléable pour être suffisamment remaniée afin de rendre le jeu passionnant. Au mieux, grâce à la communauté, No Man's Sky deviendra jouable dans les mois à venir et au pire il sombrera rapidement dans l'oubli.

Le dernier mot concerne la communication du studio et le prix affiché pour l'achat du jeu, 60€ à sa sortie dans son état actuel est proprement scandaleux, tant pour son aspect technique déplorable que pour son intérêt ludique, éducatif ou contemplatif extrêmement limité. Le studio à part ailleurs démontrer une relative adresse dans la malhonnêteté en promettant, par l'intermédiaire de son fondateur, de nombreuses fonctionnalités inexistantes en jeu. Au-delà de leur incapacité à développer le jeu qu'il voudrait, c'est surtout le principe d'avoir caché l'état du projet à sa sortie aux joueurs. Prévenir la communauté que des fonctions ne seraient pas présentes en jeu afin de tenir un planning aurait sûrement eu moins de répercussions que cette dissimulation qu'on ne peut voir que d'un mauvais œil.

No Man's Sky profite d'une couverture médiatique malhonnête et de la crédulité du public pour s'afficher en tête de liste en proposant un Space Explorer incohérent et bâclé pour un prix injustifié. Mal conçu à tous les niveaux, il paie comptant le manque de compétences du studio avec une technique déplorable et un intérêt ludique proche du décès. Largement dominé sur tous les aspects qu'il revendique par des jeux sortis bien avant lui, il ne lui reste aucun atout pour survivre sur le long terme si ce n'est la patience d'une frange courageuse de sa communauté qui essayera tant bien que mal de lui donner un semblant d'intérêt via une foule de modifications. Dans l'état, l'espace nous a livré une bien piètre vision de ses possibilités.

Sans les Mods, n’espérez aucune difficulté en jeu...


Ambiance50%
Mécaniques0%
Interface40%
Technique0%
Art-Design50%
Politique30%

Jeu vidéo

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